Analyse
et diagnostic de la pratique de l'irrigation localisée dans les périmètres
publics irrigués de la basse vallée de la Medjerda en Tunisie
A.
Slatni, J.C. Mailhol, A. Zairi, G. Château, T. Ajmi
En
2003, une enquête sur l'efficacité de l'irrigation et la performance
de l'installation a été effectuée auprès de 14 agriculteurs,
de la zone de Cherfchef dans la basse vallée de la Medjerda (pluviométrie
inférieure à 450 mm), ayant adopté l'irrigation au goutte-à-goutte,
encouragée financièrement par le gouvernement tunisien.
Les exploitations
enquêtées ont en majorité une surface inférieure à
15 ha, ce qui pose le problème de la rentabilité de l'investissement.
La disponibilité en eau est très inégale car la capacité
des bassins de stockage varie de 50 à 500 m3 et le tour d'eau parfois supérieur
à huit jours limite les possibilités de stockage. Les défauts
d'installation et d'entretien du matériel sont généralement
la cause d'un faible coefficient d'uniformité (valeurs de 58 à 96
%) ; l'irrigation a lieu souvent sous une pression nominale faible et avec des
débits inférieurs aux débits initiaux, qui révèlent
la présence de colmatage. Pour les 14 exploitations, la tomate reçoit
1 300 à 9 800 m3 d'eau/ha et les rendements varient de 12 à 90 t/ha,
la moyenne, proche de 50 t/ha, est inférieure à la moyenne régionale
(70 t/ha). Le rendement est très corrélé à l'apport
d'eau dans plus de la moitié des situations. Mais la plupart des agriculteurs
méconnaissent les doses apportées et ne tiennent pas compte des
besoins en eau des plantes. Cependant, l'eau n'est pas le seul facteur limitant,
car les meilleurs rendements sont obtenus lorsque les apports d'eau sont proches
des besoins de la tomate et la technique bien maîtrisée.
L'irrigation
au goutte-à-goutte a été étudiée en détail
dans deux exploitations. L'agriculteur ayant plus anciennement adopté ce
système et disposant d'un grand bassin de stockage (500 m3) maîtrise
bien mieux la technique, mais l'apport d'eau de début de cycle dépasse
largement les besoins de la plante. Chez le deuxième agriculteur qui dispose
d'un petit bassin (5 m3), la technique du goutte-à-goutte, très
récente, est pratiquée comme celle de l'irrigation gravitaire, avec
des doses trop élevées et trop espacées dans le temps.
Ces
résultats démontrent la nécessité de former les agriculteurs
à la maîtrise de l'irrigation au goutte-à-goutte, afin d'atteindre
les objectifs d'économie et de valorisation de l'eau visés par le
gouvernement tunisien.
Mots-clés
: agriculteur, bassin de stockage, coefficient d'uniformité, économiser
l'eau, irrigation gravitaire, irrigation localisée, irrigation au goutte-à-goutte,
modernisation, subvention, Medjerda, Tunisie