Evolution
de la ressource en eau dans la vallée du Merguellil (Tunisie centrale)
C.
Leduc, R. Calvez, R. Beji, Y. Nazoumou, G. Lacombe, C. Aouadi
La
plaine de Kairouan (Tunisie centrale) se trouve au débouché de trois
vallées, Zéroud, Merguellil et Nebhana. Dans ce contexte semi-aride
(200 à 400 mm/an), l'intensification de l'irrigation au cours des dernières
décennies a suscité une forte hausse de la demande en eau. Dans
le même temps, de nombreux aménagements (ouvrages de conservation
des eaux et des sols, barrages de protection contre les crues sur les trois oueds)
ont perturbé l'ensemble du fonctionnement hydrologique. La distribution
des eaux superficielle et souterraine a donc considérablement évolué.
Le bassin du Merguellil, considéré comme un cas typique du Bassin
méditerranéen, accueille le programme MERGUSIE, associant des partenaires
français et tunisiens. A l'aval du barrage el Haouareb, la nappe alluviale
quaternaire est devenue la seule ressource en eau disponible. Exploitée
sans réel contrôle, son niveau baisse sensiblement (de 0,25 à
1 m par an), car elle ne reçoit plus les crues de l'oued, retenues par
le barrage, mais seulement les apports des nappes latérales et le flux
souterrain passant sous le barrage.
L'avenir du développement agricole
régional dépend donc des ressources d'eau souterraine, il est donc
primordial de bien les connaître. Malgré de multiples mesures de
terrain (réseau d'observation piézométrique depuis 1966)
depuis plusieurs décennies, le bilan actuel de la nappe est très
incertain, à la fois sur les flux entrants et sortants. Depuis 1989, le
mouvement majeur est la baisse provoquée par l'augmentation des pompages
à l'aval (de 6 à 10 m en 10 ans). La surexploitation est nette et
générale (en raison de l'augmentation du nombre de forages), ce
qui provoque un déséquilibre de la nappe. Aucune solution n'est
trouvée - lâchers contrôlés d'eau du barrage, nouvelle
valorisation sociale et économique (cultures peu exigeantes en eau, irrigation
au goutte-à-goutte) - et les autorités en charge de la gestion de
la nappe ne sont pas en mesure de limiter les pompages. Le risque d'augmentation
de la minéralisation existe mais ce problème est moins grave et
moins immédiat que la baisse du niveau des nappes. Etant donné les
nombreuses incertitudes sur les différents termes du bilan de la nappe,
le projet prévoit de poursuivre la modélisation entreprise et de
la détailler pour les différentes régions, afin de bâtir
un outil de gestion intégrée des ressources en eau.
Mots-clés
: nappe, irrigation, minéralisation, ressource en eau, surexploitation,
zone semi-aride, Tunisie, Kairouan, plaine du Merguellil